Nicolas Joly, Directeur général d’Icade, détaille une stratégie carbone ambitieuse : -60 % d’intensité carbone d’ici 2030, des investissements massifs et des innovations comme le Bail Engagé Climat®. Objectif : allier performance et responsabilité.
En tant que foncière, Icade s’est fixé des objectifs ambitieux de réduction carbone, quelle est votre trajectoire ?
Nicolas Joly. La foncière d’Icade vise un objectif de réduction de 60 % de son intensité carbone entre 2019 et 2030. Nos engagements bas carbone, alignés sur l’Accord de Paris, sont compatibles 1,5°C et sont certifiés par la SBTi selon le Standard Net Zéro.
Nous incluons dans cet objectif aussi bien nos consommations que celles de nos occupants.
Les impacts de la construction ou de rénovation lourde sur nos fonciers suivent une trajectoire de décarbonation identique à celle de notre activité de Promotion, dont l’objectif est de réduire de 41% son intensité carbone sur la même période. Cet engagement est aussi compatible 1,5°C et certifié par la SBTi.
Concrètement, quels moyens mettez-vous en place pour y arriver ?
Nicolas Joly. Pour atteindre nos objectifs, nous mettons en place des moyens financiers, techniques et humains.
Financiers d’abord. Sur la période 2024-2030, nous dédions une enveloppe de 145 millions d’euros pour accélérer la transformation de nos actifs : rénovations énergétiques, switch du chauffage gaz vers des pompes à chaleur ou du réseau urbain, amélioration des systèmes de GTB et de comptage ou encore l’ajout de bornes de recharge pour véhicules électriques. Ces investissements prennent aussi en compte l’amélioration de la biodiversité et l’adaptation au changement climatique de nos bâtiments, deux engagements prioritaires pour Icade et le groupe Caisse des Dépôts.
Techniques ensuite. Nous travaillons avec Deepki pour améliorer la mesure et le suivi de la data sur nos immeubles, afin de piloter plus finement nos trajectoires carbone et décret tertiaire, et d’optimiser au mieux nos investissements travaux.
Humains enfin. Pour réussir à réduire l’empreinte carbone de notre parc, nous devons embarquer l’ensemble de nos parties prenantes. Cela comprend la sensibilisation et la formation de nos équipes aux enjeux bas carbone, le pilotage fin avec les mainteneurs et l’engagement de nos clients dans la réduction de leurs consommations énergétiques. Pour ces derniers, nous avons lancé depuis 2023 un « Bail Engagé Climat® », le tout premier bail commercial à embarquer des engagements compatibles 1,5°C. En parallèle, nous animons régulièrement des Club Bail Vert pour sensibiliser et trouver avec nos locataires des solutions pour réduire leurs consommations énergétiques.
Cette stratégie nous permet d’atteindre nos objectifs :
– Baisse de 70% des consommations de gaz depuis 2019 sur l’ensemble de notre parc ;
– 100% des consommations d’énergie Icade sont fournies en contrat d’énergie renouvelable français ou européen ;
– A fin 2024, la Foncière d’Icade a diminué de 43% son intensité carbone.
Comment la décarbonation s’inscrit-elle dans la création de valeur de votre portefeuille et quels chiffres clefs pour le pilotage de vos actifs ?
Nicolas Joly. Icade dispose d’outils suffisamment fins pour analyser, actif par actif, l’atteinte de nos objectifs de réduction carbone et du décret tertiaire 2030 et 2040. Ces indicateurs sont aujourd’hui des indispensables pour garantir l’attractivité d’un actif et donc sa liquidité. Ils deviennent également des leviers de négociations pour les locataires. L’AFREXIM, dont les experts évaluent la valeur des actifs, prend aujourd’hui en compte ces indicateurs dans ses analyses.
Parmi vos projets phares de rénovation bas carbone, quel est le rôle de BBCA dans votre action ?
Nicolas Joly. La première vertu du BBCA est d’être un label pilote et bien reconnu par notre secteur. Nous sommes à la fois engagés et moteurs sur ces enjeux. A ce titre, obtenir ce label sur nos immeubles tels que PULSE à Aubervilliers (services centraux du Conseil Départemental de Seine-Saint-Denis et ex-siège de Paris 2024), ORIGINE (immeuble référencé parmi les 100 bâtiments “iconiques durables” dans le monde par le G20) ou encore EDENN à Nanterre (nouveau siège social de Schneider Electric) participe à la reconnaissance externe de notre engagement.
Les principaux leviers de décarbonation mis en œuvre concernent à la fois la structure de l’immeuble, avec une place importante faite au bois d’origine française et européenne certifiée mais aussi sur des bétons bas carbone ; et l’utilisation des matériaux de réemploi. Par exemple, dans l’immeuble PULSE, la moquette en est à sa 3ème vie grâce à la volonté du Conseil Départemental. Le réemploi concerne aussi les faux planchers, les garde-corps et de nombreux lots du second-œuvre.
Côté utilisateurs, 66% trouvent important que l’immeuble dans lequel ils travaillent ait un impact réduit sur l’environnement (enquête IPSOS BVA pour Icade, L’avenir du bureau en France, Octobre 2025). Il s’agit donc d’un enjeu important pour Icade de travailler à la réduction de l’empreinte carbone de nos actifs, tout en préservant le confort de ses occupants. Côté exploitation, après avoir été BBCA Construction pilote avec PULSE, nous avons aussi été parmi les premiers labélisés en BBCA Exploitation sur notre immeuble ORIANZ à Bordeaux. Là encore, ce fut une grande satisfaction pour nos clients et le groupe.
Enfin, quels sont les 3 défis pour massifier la rénovation bas carbone de votre parc ?
Nicolas Joly. Les trois défis que nous avons identifiés sont les suivants :
– Développer des modèles économiques de la rénovation bas carbone avec des partenaires (investisseur, futurs occupants) pour pouvoir rénover avec une ambition Bas Carbone. C’est d’ailleurs ce que nous avons fait sur l’immeuble COLOGNE à Rungis, avec Phibor : nous avons rénové lourdement cet immeuble des années 1980 entièrement vitré, en un immeuble adapté à un climat à +4°C, en intégrant également la solution de chauffage et refroidissement de Phibor. Cela permet aussi à notre client de faire de son siège un démonstrateur de sa solution.
– Industrialiser la filière de réemploi. On est encore sur la démarche volontariste qu’il faut renforcer et structurer.
– Continuer de sensibiliser les occupants, en particulier les directions immobilières, pour anticiper leurs projets immobiliers et les accompagner dans une meilleure gestion de leurs consommations énergétiques.
Ces enjeux s’inscrivent au cœur de notre stratégie pour bâtir la ville de 2050.