Covivio affiche une démarche volontariste en matière de décarbonation : -40% d’émissions d’ici 2030. Une stratégie alliant rénovation, énergies vertes et collaborations avec BBCA et LCBI. Jean-Éric Fournier, Directeur du Développement Durable, explique comment ces engagements transforment le patrimoine en atout durable.

 

Covivio s’est fixé des objectifs ambitieux de réduction carbone, quelle est votre trajectoire ?

Jean-Éric Fournier. Dès la réalisation de notre cartographie énergétique et environnementale du parc en 2009/2010, Covivio a initié une démarche volontariste de mesure et de réduction de son empreinte carbone. En 2018, une première trajectoire, compatible avec le scénario 2°C de l’Accord de Paris de décembre 2015, a été approuvée par l’initiative Science Based Target (SBTi). A fin 2020, Covivio avait déjà diminué ses émissions de 20% par rapport à 2010.

Afin d’aller plus loin, le groupe a décidé en 2021 d’accélérer sa transition et de relever le niveau de ses ambitions pour atteindre 40% de réduction des émissions de gaz à effet de serre en intensité par m² d’ici 2030 (objectif précédemment fixé à 34%). Cette nouvelle trajectoire est alignée sur un scénario 1,5° pour les scopes 1 et 2 et sur un scénario « Well below 2°C » sur le scope 3. Cet objectif couvre l’intégralité des activités de Covivio en Europe (bureaux, résidentiel, hôtels) et la totalité du cycle de vie des actifs : matériaux, construction, restructuration et exploitation.

 

Concrètement, quels moyens mettez-vous en place pour y arriver ?

Jean-Éric Fournier. Pour atteindre notre trajectoire carbone, nous utilisons de nombreux leviers, visant à :

> privilégier la rénovation : plus de 50% des nouvelles opérations de Covivio portent sur des restructurations d’immeubles, avec un objectif de « zéro artificialisation nette », voire de désartificialisation, pour limiter le recours à des matériaux neufs, favoriser la biodiversité, séquestrer du carbone, et lutter contre l’effet d’ilot de chaleur urbain et contre l’étalement urbain ;

> agir sur l’efficacité énergétique du parc en exploitation en travaillant sur un plan de travaux compatible avec nos objectifs. Cela représente 261 M€ d’investissements entre 2023 et 2030 ;

> promouvoir le recours aux énergies renouvelables : Covivio installe des équipements adaptés sur les projets de développement (photovoltaïque, géothermie, etc.) et vise d’ici 2030 un approvisionnement en électricité renouvelable pour 100% de ses actifs de bureaux gérés en direct (plus de 80% à fin 2024) ;

> mobiliser l’ensemble de la chaîne d’acteurs, notamment en déployant une politique d’achats responsables auprès des fournisseurs et une stratégie partenariale forte avec les locataires. Cela se traduit également par la participation de Covivio à des initiatives comme BBCA et LCBI, ou encore celles portées par le Hub des prescripteurs bas carbone ou l’OID.

 

Comment la décarbonation s’inscrit-elle dans la création de valeur de votre portefeuille ?

Jean-Éric Fournier. L’attractivité et la liquidité des immeubles tient à des critères financiers, locatif (taux d’occupation…), physiques (emplacement, accessibilité…), techniques (concernant notamment les performances énergétiques, carbone, environnementales…).

Les locataires de locaux tertiaires (bureaux, hôtels…) ont des attentes croissantes en matière de performances ESG, notamment concernant l’énergie et le carbone, un certain nombre d’entre eux s’étant dotés d’une trajectoire carbone. La décarbonation est donc un sujet majeur pour Covivio, au cœur de notre politique patrimoniale pour lutter contre l’obsolescence des actifs. Le sujet est systématiquement inclus aux analyses dans le cadre de cession, acquisition ou développement afin de s’assurer de la compatibilité de ces opérations avec la stratégie de decarbonation du groupe. La question de la résilience et de l’adaptation des immeubles aux risques climatiques est également un sujet émergent.

 

Parmi vos projets phares de rénovation bas carbone, quel est le rôle de BBCA et de LCBI dans votre action ?

Jean-Éric Fournier. BBCA et LCBI permettent de fédérer les acteurs, internes et externes, autour d’un même but, l’obtention d’un niveau de performance énergétique et carbone élevé, sur la base de critères objectivés. Dans le cadre de chaque projet, il s’agit de construire une dynamique qui implique toute la chaîne d’acteurs, bien au-delà des équipes du maitre d’ouvrage : architecte, BET, constructeurs, utilisateurs, exploitants… BBCA et LCBI permettent de caractériser des savoir-faire et des bonnes pratiques, de booster les réflexions des acteurs et de progresser ensemble.

Depuis fin 2024 Covivio s’est doté d’un plan Nature, qui conjugue carbone et biodiversité. Il est présenté dans notre rapport Nature[1]. Le choix des matériaux et des solutions techniques y occupe une position centrale, à la croisée des enjeux biodiversité, économie circulaire et climat.

 

Enfin, quels sont les 3 défis pour massifier la rénovation bas carbone de votre parc ?

Jean-Éric Fournier. Tout d’abord le cadre réglementaire ne valorise pas suffisamment les bonnes pratiques. La réglementation (RE 2020 et antérieurement RT 2012) porte sur le neuf. De nombreux produits et équipements existent déjà mais leur utilisation n’est pas suffisamment valorisée par la réglementation.

Par ailleurs, il faut constater qu’une rénovation bas carbone reste plus chère qu’une rénovation moins soucieuse de ce sujet. On peut déplorer l’absence d’incitations fiscales ou aides en dehors des certificats d’économie d’énergie.

Enfin, pour Covivio, l’intensification de la rénovation bas carbone passe par le recours à des solutions relevant de l’économie circulaire. Nous multiplions les actions de réemploi, recyclage, rétrofit ; un apprentissage largement partagé par les équipes (Développement, Property…), en sachant que les filières de recyclage et de réemploi restent encore à développer.