Architecte, certificateur, foncière, promoteur, investisseur, etc. Ils sont membres de BBCA. Ils expriment leurs attentes et leurs espoirs concernant  le nouveau label visant à harmoniser la comptabilité carbone entre le Neuf et la Rénovation à l’échelle française et européenne (en collaboration avec LCBI). Une chose est sûre : tous considèrent que ce nouveau label constitue une évolution majeure pour la valorisation durable des actifs immobiliers. Témoignages.

 

Marc Lafont, Président de WO2

Pourquoi et en quoi ce nouveau label est-il important pour vous en tant que promoteur ou investisseur ?

Il permet d’élargir la portée de BBCA, comme moyen de comparer la performance environnementale de plusieurs actifs sous le pilotage des émissions de carbone pures.  Qu’ils soient neufs ou rénovés, en France ou dans un autre pays européen. Il permettra de remettre le pilotage carbone au cœur des décisions programmatiques, de démultiplier les retours d’expérience d’actifs rendus comparables, car évalués selon la même méthodologie, et enfin de donner davantage de visibilité à l’exemplarité environnementale globale en évitant de courir par catégories.

En quoi ce label répond-il à une évolution du marché, comme les changements d’usage, la mixité des projets ou d’autres tendances que vous observez dans le secteur immobilier

Chaque projet est unique ; le rénové et le neuf (ex. : surélévations, extensions) sont couramment entrelacés. La possibilité méthodologique d’évaluer le projet dans son ensemble est davantage pertinente :

  • Elle allège le travail de pilotage environnemental de la MOE
  • Elle réduit le nombre de dossiers à soumettre aux certificateurs et le temps de traitement
  • Elle simplifie la communication externe sur la performance environnementale du projet. Un projet, une empreinte carbone.

Qu’attendez-vous concrètement de ce label ?

Nous attendons que l’excellence environnementale des actifs soit plus largement « valorisable » par ce nouveau référentiel, pour les locataires comme pour le propriétaire : une empreinte carbone exemplaire par rapport à la concurrence, évaluée selon une méthodologie simple et répandue. Choisir d’acquérir ou d’occuper un actif peu émissif leur permettra de contribuer à l’atteinte de leurs propres objectifs environnementaux.

 

Jean-Éric Fournier, Directeur Développement Durable – Covivio

Comment voyez-vous l’évolution des actifs immobiliers en France et en Europe ?

Différentes raisons conduisent aujourd’hui à favoriser la rénovation : lutte contre l’étalement urbain et participation à l’ambition Zéro Artificialisation Nette, réduction des émissions de gaz à effet de serre, et augmentation des coûts de construction neuve dans un contexte de crise. Les opérations de rénovation conduites par Covivio intègrent en outre un questionnement sur l’usage du site de façon à favoriser la flexibilité et la mixité et à proposer les usages adéquats en fonction de la demande.

Avec cette initiative, BBCA souhaite clarifier et simplifier le pilotage de l’empreinte carbone des opérations immobilières. Quels en seront les avantages de votre point de vue ?

La réduction de l’empreinte carbone des immeubles nécessite de s’attaquer aux deux principaux contributeurs d’émissions de gaz à effet de serre : d’une part, les émissions incorporées lors de la phase de construction/rénovation et, d’autre part, celles liées à la consommation énergétique des immeubles en phase d’exploitation. La trajectoire carbone de Covivio intègre ces deux dimensions, avec un objectif de réduction de 40% entre 2010 et 2030 (-31% à fin 2025). Nous nous appuyons sur BBCA en France et LCBI en Europe pour atteindre une performance carbone en ligne avec nos objectifs.

Quel commentaire ou quelle réflexion supplémentaire souhaiteriez-vous ajouter ?

BBCA apporte un cadre reconnu qui offre aux maîtres d’ouvrage, ainsi qu’à leurs chaînes d’acteurs, des outils permettant de construire, de gérer et de rénover bas-carbone. Aujourd’hui, LCBI partage et porte cette dynamique en Europe. Une initiative que Covivio soutient, convaincu de la nécessité que les acteurs disposent d’un langage commun et d’une démarche qui mobilise les partenaires d’une opération autour d’objectifs partagés.

 

Dimitri Roussel, Fondateur et gérant de l’agence d’architecture Dream

Comment ce label, qui couvre à la fois le neuf et la rénovation, peut-il devenir un argument commercial clé pour vos projets, notamment dans un contexte de réglementation environnementale de plus en plus stricte ?

Cela permet aux maîtres d’ouvrage et aux propriétaires de se distinguer par rapport à la construction courante qui, en effet, face à la réglementation, augmente la carbonisation de leur projet. Il offre une belle image de marque et reflète les valeurs de l’entreprise qui le met en œuvre.

Les opérations mixtes sont souvent perçues comme complexes et risquées. Quels sont les principaux leviers offerts par ce label pour sécuriser ces projets et les rendre plus attractifs ?

Contrairement au neuf, la réglementation environnementale est beaucoup plus souple pour la réhabilitation. Cela permet donc de mettre en avant les démarches vertueuses que le client peut entreprendre dans le cadre de la réhabilitation. L’intégration du bois  est un très bon levier pour la réhabilitation, par exemple le remplacement de façades par des façades en ossature bois ou des surélévations légères en ossature bois.

Quel commentaire ou quelle réflexion supplémentaire souhaiteriez-vous ajouter ?

Réfléchir à l’échelle européenne, voire internationale, me semble très important. Le label BBCA doit devenir le nouveau référent de la construction décarbonée et détrôner la référence actuelle qu’est le BREAM.

 

Guillaume Jarlot, VP de Nooco

Quels sont vos principaux motifs d’engagement dans ce projet ?

L’expertise de Deepki et de sa solution Nooco repose sur une  conviction forte : la transition environnementale doit passer par la convergence du bas carbone et de la performance économique. En immobilier, cette équation est une réalité tangible mais complexe. L’enjeu environnemental y est multidimensionnel : c’est un risque d’obsolescence et réglementaire à anticiper, un facteur d’attractivité locative crucial et, désormais, le pivot des négociations lors des transactions. Dans un marché où les retours d’expérience demeurent hétérogènes, le label devient indispensable. Il agit comme un standard de confiance permettant au plus grand nombre de s’approprier des garanties de responsabilité et de valorisation des actifs.

La force des labels portés par BBCA et LCBI est de traduire une exigence technique élevée en un indicateur de performance lisible. Ils offrent aux maîtrises d’ouvrage, acquéreurs et preneurs une preuve de qualité environnementale et, par extension, une garantie de liquidité et  une véritable sécurité sur la valeur patrimoniale.

Comment voyez-vous l’évolution des actifs en France et en Europe (Neuf/Réno, mixité d’usages, etc.) ?

Dans le cycle actuel, la rénovation n’est plus une alternative au neuf, mais le pivot central stratégique. Avec 80% du patrimoine de 2050 déjà bâti, l’enjeu s’est déplacé du simple repositionnement Value-add vers un CAPEX de préservation et de défense de la valeur. L’adaptation, l’électrification et l’efficacité énergétique ne sont plus des sujets techniques isolés : ils sont désormais les leviers critiques de la performance financière et du Business Plan de l’actif. Ne pas intégrer ces paramètres condamne l’immeuble à l’obsolescence financière (le misaligned asset). Enfin, le marché a basculé dans une ère de pragmatisme opérationnel. La mixité d’usages n’est plus une intention d’urbaniste, mais une stratégie de résilience du rendement et de la liquidité face à la fin des modèles monofonctionnels, qui ont montré leurs limites ces vingt dernières années.

Avec cette initiative, BBCA souhaite clarifier et simplifier le pilotage de l’empreinte carbone des opérations immobilières. Quels en seront les avantages de votre point de vue ?

L’avantage majeur est de permettre aux décideurs d’arbitrer intelligemment entre différentes options grâce à une méthodologie commune.

Cela permet notamment :

  • La Transparence et comparabilité des scénarios d’investissement. Pour le décideur, la mesure doit être directement comparable et additionnable entre Neuf, Rénovation lourde et Réhabilitation légère. En appliquant une méthodologie commune on permet d’arbitrer intelligemment l’allocation du capital entre différentes options sur base d’un indicateur unique.
  • Le Pilotage du « TRI Carbone » et Valorisation de l’Évitement. La fiabilité de la donnée permet de distinguer dans une même opération ce qui relève du repositionnement d’actif (esthétique, usage) de ce qui relève strictement de la décarbonation opérationnelle. Sur le second volet, le TRI Carbone est l’indicateur clé pour valider que le carbone investi dans les nouveaux équipements (Embodied) est « remboursé » par l’économie d’énergie réelle (Operational) pour la part du programme qui y est dédiée. Sur une période de 30 ans on pourrait même permettre de valoriser des émissions évitées.
  • Le Scoring d’Impact et l’accès au financement. Dans le cadre de leurs engagements, les financeurs ont besoin d’un scoring carbone simple et industrialisable pour plus de transparence sur l’impact de l’euro investi  sans pour autant complexifier lourdement le processus d’emprunt. L’engagement sur un label de qualité, permettant de sécuriser les conditions de financement pour un même foncier, est un argument fort pour le demandeur !

 

Cosmin Cotora, Directeur Développement International de Certivea

Comment voyez-vous l’évolution des actifs immobiliers en France et en Europe (Neuf/Réno, mixité d’usages, etc.) ?

Nous constatons depuis plusieurs années, en France comme dans la plupart des pays européens, un ralentissement des nouvelles constructions. Et, par conséquent, des projets neufs certifiés. Les contraintes croissantes dans l’accès au foncier, l’obligation de réduire les émissions carbone dans l’immobilier, le stock de bâtiments vacants ainsi qu’une large diffusion des bonnes pratiques en rénovation orientent les investisseurs vers les réhabilitations du patrimoine existant. À travers les certifications et labels délivrés par CERTIVEA nous observons une amélioration constante des performances obtenues par ces projets de rénovation, nécessitant une mise à jour rapide de nos outils pour les évaluer. Il en est de même pour la mixité des usages, qui devient progressivement la règle dans les projets engagés dans des certifications, ce qui nécessite des référentiels souples et adaptés aux différentes fonctions du bâtiment. Enfin, nous observons que les dynamiques et les solutions mises en œuvre tendent à s’harmoniser à l’échelle européenne, avec la montée des investissements transnationaux et de la réglementation européenne.

Avec cette initiative, BBCA souhaite clarifier et simplifier le pilotage de l’empreinte carbone des opérations immobilières. Quels en seront les avantages de votre point de vue ?

Les évolutions constatées et rappelées ici dessinent le besoin d’un outil d’évaluation des performances environnementales des bâtiments qui puisse couvrir des typologies de bâtiments différentes, dans des zones climatiques éloignées et sur tout le cycle de vie d’un bâtiment, avec des indicateurs communs, mesurables et comparables. LCBI offre une réponse à ce besoin sur le principal indicateur : les émissions carbone des projets immobiliers.

Il existe aujourd’hui un nombre important de méthodes en Europe pour évaluer l’impact carbone d’un projet immobilier. En tant qu’organisme certificateur intervenant en Europe et dans le monde, cette diversité des méthodes nous contraint à chercher des passerelles, des équivalences entre différentes méthodologies ou à en exclure certaines. Dès lors qu’un label permet de couvrir des usages et des cycles de construction différents et de les comparer simplement entre eux, cela ne peut que clarifier la lecture et le partage de cet indicateur entre actifs, acteurs et pays.

Quel commentaire ou quelle réflexion supplémentaire souhaiteriez-vous ajouter ?

LCBI et son approche d’évaluation harmonisée ne constituent qu’un maillon de la chaîne de valeur de la construction durable. Pour qu’il soit efficace, cela suppose que les autres maillons s’engagent dans cette voie : des industriels qui proposent des solutions sobres en émissions avec les informations nécessaires disponibles, jusqu’aux mécanismes financiers susceptibles d’offrir une reconnaissance et des avantages aux projets qui s’engagent dans la voie de la décarbonation. LCBI et CERTIVEA sont engagés à œuvrer en ce sens.